Mariage et psychologie, l’avis d’une spécialiste


Aujourd’hui, je suis très très heureuse de pouvoir vous faire partager l’interview de Sophie Cadalen, psychanalyste, spécialiste du couple, à qui j’ai souhaité poser des questions sur le thème « mariage et psychologie ».

Depuis maintenant trois ans que je baigne dans l’univers du mariage, j’ai pu constater (y compris par moi même) qu’un mariage est évidemment un immense moment de bonheur, mais qu’on doit parfois aussi faire face, sans y être préparé, aux doutes, aux critiques, parfois à indifférence. Il suffit de lire vos commentaires à cet article sur les attentes déçues de certains fiancés, celui ci sur les belles-mamans ou encore celui là sur la réaction des proches à l’annonce du mariage pour s’en rendre compte si on ne le sait pas déjà. J’avais depuis longtemps envie de faire appel à un spécialiste pour parler du sujet « mariage et psychologie », car j’étais convaincue que beaucoup de choses se jouent au moment du mariage, pour nous même et notre relation de couple, bien sûr, mais aussi entre nous et notre entourage.

J’ai donc fini par oser solliciter Sophie Cadalen, que j’ai la chance de connaître un tout petit peu. Sophie est une personne adorable dans la vie, très chaleureuse et très humaine, de très bon conseil. Je la remercie sincèrement d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Celles ci sont sûrement  incomplètes et Sophie ne peut aborder, je cite « les considérations abyssales et diverses…  » qu’elles soulèvent. Mais j’espère néanmoins que vous y trouverez des pistes de réflexion, des réponses et un peu d’aide si vous en avez besoin.

Pourquoi se marie-t-on encore en 2012 alors qu’on a toute liberté de faire des enfants, habiter ensemble sans se marier ?

Le mariage garde une valeur symbolique très forte : c’est l’affirmation devant la loi, et devant témoins (les invités) de notre amour, de notre envie – un pari un peu fou, d’autant plus touchant – de passer notre vie ensemble. Contrairement à ce que l’on entend beaucoup dans les médias, hommes et femmes ne sont pas désabusés, ils croient encore – et peut-être plus que jamais – au grand amour. D’un point de vue plus pragmatique (et important, bien que moins plaisant) le mariage est un contrat qui, lorsqu’il est signé, offre aussi les meilleurs outils – via la justice – pour être rompu un jour. On est liés, mais pas aliénés.

Psychologiquement, ça change quoi d’être marié ?

On peut prétendre que se marier ne change rien, et pourtant il aura ses effets, différents selon chacun. Il n’est qu’à voir le nombre de mariages blancs qui virent en « vrais mariages », comme si la force du signifiant « mariés » influait sur les sentiments. Le mariage donne un nouveau statut légal, il inscrit le couple dans une réalité officielle, il formalise des devoirs et des droits de l’un par rapport à l’autre. Il est aussi un choix affiché, celui de faire notre route ensemble. Ce qui n’empêchera pas ce cheminement de se faire en toute décontraction. A moins d’être rattrapé par des associations inconscientes souvent héritées de nos environnements : le mariage sera alors synonyme de perte de légèreté, de routine obligée, plus de contraintes que de plaisir… Nous amenant malgré nous à reproduire l’aspect pénible du mariage, en oubliant l’enthousiasme qui l’avait décidé.

Beaucoup de mariés stressent avant le jour J, est-ce possible de l’éviter ? Comment gérer ses angoisses ?

Il s’agit de faire la part entre les angoisses et le trac. Le trac, lui, est logique, et peut se transformer en excitation agréable. C’est tout de même une fête dont nous avons la charge, un spectacle que nous ne voulons pas rater ! L’angoisse renvoie aux autres : on en oublie qu’il s’agit de notre couple, de notre choix, pour ne plus se soucier que de ce que les autres vont en penser, de comment il faudrait faire et être. Cette angoisse-là nous signale que cette fête n’est peut-être pas suffisamment la nôtre, qu’il s’agirait de se la réapproprier avant qu’il ne soit trop tard. Garder à l’esprit que ce jour doit être un joli moment pour nous, le couple, est essentiel pour se protéger – un peu – des tensions extérieures.

Moins connu que le baby blues, le wedding blues est une réalité pour certaines d’entre nous, comment l’expliquer ? Comment y faire face ?

Le wedding blues menace ceux et celles qui ont concentré toutes leurs pensées, toute leur énergie sur le fameux jour J. Ils en ont fait un aboutissement, leur réalisation. Qui les laisse bien seuls et démunis au lendemain de la fête. Ceux-là en ont même parfois oublié l’autre, devenu simple figurant. Ce coup de blues menace aussi ceux qui imaginent que le mariage, tel un coup de baguette magique, changera leur vie, les changera. Certains couples, d’ailleurs, espèrent aplanir leurs conflits en se mariant. Ceux-là retrouvent leurs problèmes intacts quand la fête est finie.

En écoutant les futurs mariés, on se rend compte que souvent le mariage modifie les relations que les mariés ont avec leurs proches, comme si la décision de se marier avait des répercussion bien au delà du couple, est-ce exact ? pourquoi ?

Le mariage, acte symbolique par excellence (on s’inscrit comme couple devant la loi) modifie notre statut officiel. Une modification qui aura une incidence sur notre rôle dans la mise en scène familiale et amicale. Pour une femme, prendre le nom de son mari la fait passer du statut de « fille de » à celui de « femme de » – d’où son refus parfois de changer de nom. On associe encore le mariage à du sérieux, on est « casés », fini le temps de rigoler, on est adulte désormais. Autant de considérations imaginaires qui peuvent changer la perception des autres sur nous.
En se mariant, le couple devient une entité distincte : de nos familles d’origine d’abord, des groupes d’amis éventuellement (sauf s’ils sont tous mariés et qu’on rejoint leur « camp »). Et, inconsciemment, certains font « payer » cet affranchissement. Surtout si l’on se marie d’une façon qui n’est pas celle qu’ils avaient projetée.

Il arrive souvent que les mariées soient déçus de la réaction de certains de leur proches. Souvent, ils ne les sentent pas vraiment impliqués, voire franchement indifférents. Qu’est ce qui peut pousser la maman d’une de mes lectrices, par exemple, à se désintéresser des essayages de robe de sa fille ?

l’organisation d’un mariage peut être le révélateur de relations ambigües entre soi et ses parents, entre une fille et sa mère. Qui n’est pas toujours prête à voir sa fille s’émanciper, qui avait imaginé autre chose pour elle (une cérémonie différente, un autre mari…), qui ne supporte pas toujours de la voir s’afficher comme femme, et au centre de la fête. Certaines frustrations, aussi, rendent l’étalage de ce bonheur insupportable. Alors on le nie, façon détournée de le gâcher… Les sentiments sont ambivalents, ils s’exacerbent à l’occasion de ces grands évènements.

Comment réagir dans ce cas ? faut il essayer de « forcer » les choses ? laisser tomber ?

L’idéal serait de n’en tenir pas compte. Plus facile à dire qu’à faire… Soi-même, en tant que futur(e marié(e), on réalise alors que l’on attendait peut-être des choses trop précises – accompagnement, encouragement – que les autres, parents ou amis, ne sont pas en mesure de nous donner. Pour vivre au mieux le mariage, pour qu’il ne soit pas gâché par des réactions ou attitudes qui nous déçoivent, il faut toujours se rappeler que c’est une histoire entre l’autre et soi, que c’est d’abord une aventure intime. Et fragile.

Comment, au contraire gérer les proches envahissants, qui veulent tout décider à notre place ?

Cette intimité sera à défendre encore plus farouchement face aux « envahisseurs ». Certains comportements laissent à penser que le mariage serait un lieu public, où chacun serait autorisé à donner son avis, à mettre son grain de sel. Certaines familles en faisant même un évènement dont le couple ne serait plus le centre. Il ne sert à rien, en ce cas, de discuter. Il faudra, quitte à fâcher, faire les choses comme on le souhaite sans réclamer d’aval ni demander de conseil. Ceci se compliquant, bien sûr, quand les familles participent financièrement au mariage, certains considérant que cela leur donne un droit de regard sur l’organisation. D’où la décision de certains couples, pour que ce mariage soit réellement le leur, de le financer complètement.

Pourquoi est-ce si important pour les familles de respecter les traditions liées au mariage ?

Le mariage renvoie à des traditions, des héritages. Chacun ayant son idée très forte de ce qui doit être, un « devoir » qui ne laisse pas forcément de place au « vouloir ». Ces traditions, dans nos imaginaires, s’interprétant facilement comme des « ça va de soi », des règles auxquelles il n’est pas question de déroger. Et si l’on ne sait pas très bien quel mariage on veut pour l’autre et soi, on risquera d’être vite débordés par tous ceux qui savent (ou croient savoir) ce qu’il faut faire, et comment il faut le faire. On se découvrira soi-même, parfois, tenu par ces traditions, dont on se croyait tout à fait affranchi. (cause de conflits dans certains couples…)

Un très grand merci à Sophie pour son éclairage !

 
Sophie Cadalen est psychanalyste et écrivain. Elle est notamment l’auteure de Inventer son couple aux Editions Eyrolles ou plus récemment de Tout pour plaire et toujours célibataire chez Albin Michel, a priori si vous lisez ce blog vous n’êtes pas vraiment concerné(e)s par ce dernier ouvrage,  mais à offrir !

blog mariage

J’ai bien conscience que tout ça n’est pas hyper fun et rigolo et j’espère ne pas plomber l’ambiance. Pour terminer cet article sur une note optimiste, je voudrais citer une blogueuse-lectrice qui se reconnaîtra et que je nommerai si elle le souhaite : « Le mariage m’a permis (…) de régler une grosse histoire de famille que je trainais en silence comme un boulet depuis l’enfance. Finalement, le mariage s’est avéré être de ce côté là, une renaissance, un moyen de tourner définitivement la page et se sentir légère comme une plume à présent. »

Je vous souhaite, si vous êtes dans l’un des cas abordés plus haut avec Sophie Cadalen, de vous aussi, vous sentir « léger(e) comme une plume » grâce à tout ce qui aura été remué à l’occasion de votre mariage, même si sur le coup, ça fait plutôt mal.

Mais sinon, le mariage c’est aussi beaucoup beaucoup de bonheur, hein, promis  !

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9 réflexions au sujet de « Mariage et psychologie, l’avis d’une spécialiste »

  1. Excellent article, qui permet de mettre des mots sur les conflits qui peuvent survenir pendant les préparatifs… J’avoue que lorsque les premiers proches autour de moi ont commencé à avoir un comportement étrange (mechanceté exacerbée, envie de nous imposer le déroulement de la journée alors que nous finançons tout par nous-mêmes) eh bien je me suis retrouvée un peu bête comme on dit! :)
    Donc merci pour cet article, ça ne résoudra rien mais ça permet d’y voir plus clair! Pour notre part, nous avons decidé de rester soudés plutot que de laisser les histoires des autres nous diviser et de faire ce mariage à notre image.
    Si je l’avais lu au tout début des préparatifs, ça m’aurait évité quelques cheveux blancs. :)

  2. Pour moi pas de conflits.
    Par contre, je suis partie vivre loin des miens pour rejoindre le bien aimé.
    Le fait d’avoir tout mes proches autour de moi quelques jours, d’avoir passé une journée formidable et de ne plus avoir à rien penser…
    Je ne pensais pas que ça puisse arriver… Cet article m’a fait beaucoup de bien car on ne parle pas du tout de ce phénomène…

    Merci pour cet article il est formidable! ^^

  3. Un grand merci pour cet article, très bien construit.

    Très naïvement, je pensais que l’annonce de notre mariage allait ravir tout le monde, surtout qu’elle était attendu par pas mal de monde dans nos familles respectives. J’ai vite déchanté face à des réactions d’indifférence voire de mécontentement qu’on a pu essuyer par rapport à certains de nos choix (en particulier le fait de ne pas s’unir à l’église).

    C’est d’autant plus dur à accepter que nous avons quitté nos parents depuis bien longtemps, que nous sommes indépendants financièrement (ce sera aussi le cas pour le mariage) et que notre souhait de nous marier est un projet bien mûri. A entendre certaines personnes, on dirait que nous sommes toujours des ados fantasques qui ne font rien comme les autres…

    J’ai lu avec attention le paragraphe sur les sentiments ambivalents et je commence à trouver quelques pistes d’explications. Je ne suis pas rassurée pour autant, mais je commence à comprendre que notre mariage est peut-être le détonateur de quelque chose de plus ancien et de plus profond et qu’il est temps aujourd’hui de m’affirmer dans mes décisions et mes choix de vie. J’espère que quelque chose de positif débouchera de tout ça! Et puis, il y’a aussi de belles surprises, comme le soutien inattendu de personnes plus éloignées et ça ça fait chaud au cœur! ;)

  4. Ping : Ne plus inviter quelqu'un à son mariage | Mademoiselle Dentelle

  5. Je réagis à cet article hyper tard, mais bon…
    Je me marie dans un mois et je pense pouvoir faire un petit bilan psychologique des préparatifs.
    Dans l’ensemble, tout s’est très bien passé dans la mesure où mon fiancé et moi avons fait en sorte de garder pour nous l’intégralité de l’organisation. Pas de « pollution » extérieure, nous avons tout fait nous mêmes et ça a été un vrai plaisir de partager ces moments tous les deux.
    Par contre, vis à vis des proches, je me suis rarement sentie aussi seule. Notre mariage a été un révélateur du comportement de certains.
    A commencer par le frère cadet de mon fiancé, qui a décidé de se marier exactement la même année que nous, mariage civil avant nous, mariage religieux 2 mois après nous.
    J’ai eu l’occasion de voir à de nombreuses reprises qu’il fait tout pour attirer l’attention vers lui, pour que son frère aîné (et son mariage du coup) passe au second plan. C’est assez flagrant, d’ailleurs il n’a leurré personne lors de l’EVG de mon fiancé. Et personne dans la famille, à part les parents, ne se trompe sur son comportement. On a d’ailleurs reçu le soutien de certains, même du côté de la famille de la fiancée du frère et franchement ça fait du bien.
    Ca me rend triste pour mon amoureux, parce que c’est quelqu’un d’intègre. Les parents dans tout ça jonglent un peu, ils essaient de compenser pour qu’on ne soit pas mis de côté. Avant le mariage, le comportement du frère m’agaçait, mais je faisais avec, maintenant j’ai vraiment la haine. J’attends que son mariage passe, après je ne ferai plus d’efforts.
    L’autre élément difficile c’est ma mère, elle vit sa vie par procuration par rapport à moi. Du coup, elle ne cesse de transférer ses envies, ses peurs, sur moi. Je me coupe les cheveux, elle en fait de même. Elle a un rhume, elle est persuadée que j’ai le même problème. Ca a toujours été comme ça. Au tout début des préparatifs, j’avais évoqué une idée pour ma robe de mariée (idée que j’ai abandonné depuis, mais elle ne le sait pas), et comme par hasard pour sa robe, elle a piqué cette idée. Pire il a fallu que je me batte pour qu’elle comprenne qu’il ne fallait pas une robe -longue de surcroît- blanche, crème ou ivoire. Elle s’est mariée en bleu! Tout ça avec des tentatives de culpabilisation qui ne fonctionnent pas mais qui me crispent.

    Dans tout ça, je suis un peu désabusée. Je n’ai plus confiance en certaines personnes. Et vraiment, autant au début je pensais faire une fête familiale pour eux, autant aujourd’hui je me dis que c’est d’abord et avant tout notre fête à tous les deux et tant pis pour les autres.

    En même temps, on a eu des preuves d’amitié énormes!!!! Vraiment fortes, à en être déstabilisé. C’est franchement le plus important.

    Et comme on dit, on ne choisit pas sa famille.

    • Tu as raison, on ne choisit pas sa famille… et certains membres des vôtres sont des « cas » particulièrement difficiles à gérer.
      Quand on se marie en choisissant d’être entouré de ses proches, famille et amis, on imagine/espère toujours que le jour J et les préparatifs seront l’occasion de beaux moment ensemble, qui nous laisseront des sovenrirs forts d’amour partagé.
      Et puis la réalité est bien différente, souvent.

      Mais tu le dis toi même tu as eu aussi d’énormes bonnes surprises et c’est sur celles ci qu’il faut se concentrer et s’appuyer. Et puis aussi garder en vue le principal, ce jour là tu épouseras l’homme de ta vie, peu importe les comportements de ceux qui t’entourent.

      Mais je comprends que ce soit difficile, le mieux, la date approchant, est peut êre de voir le moins possible ces personnes là et de ne vous entourer que des personnes positives et qui vous font du bien.

      Bon courage en tous cas et sde bonheurs vous attendent dans cette dernière ligne droite j’en suis sûre !

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